Les élites africaines sont - elles différentes des autres élites du reste du monde?

Chaque fois que l'on parle du Tchad, ou du Cameroun, ou encore de la Guinée Equatoriale, de la Côte d'Ivoire, des Congo, du Gabon, du Sénégal, bref de tous les pays ou j'ai vécu, trois choses reviennent régulièrement : on dit toujours que ce sont de beaux pays; on dit encore que c'est des pays qui n'ont pas eu de chance; on dit enfin que les élites de ces pays sont responsables, sinon parmi les causes des maladies de ces pays et de leurs effets. 

Les élites africaines sont - elles différentes des autres élites du reste du monde? Et puis, de quelles élites parlons nous? Qui sont-elles? S'agit il des hommes et des femmes politiques? Ou encore des intellectuels, des universitaires, des étudiants et des journalistes? Ou bien parle- t- on des hommes et des femmes d'affaires, des négociants et des patrons d'industries? Bien souvent dans ces pays, quand on parle d'élites, il s'agit de tous ceux et de toutes celles - la, mais surtout des fonctionnaires, des hommes de l'administration civile et militaire. Il s'agit toujours de celles et de ceux qu'on pense détenir le pouvoir, a tort où a raison.

Bien souvent, les élites de nos pays sont accusées de ne pas s'engager sérieusement en politique, dans la vie sociale ou pour la promotion de nos cultures et de nos valeurs. Elles sont accusées, quand elles sont au pouvoir, de composer uniquement avec les puissants, de faire les jeux de l'étranger, de négliger les besoins de leurs compatriotes. Ceci est bien souvent vrai, hélas! Mais les élites africaines sont surtout responsables de la fabrication du consentement. Leurs silences, ou leurs prises de position sont en effet rarement objectifs, en tout cas rarement pour les peuples. On se souviendra toujours des universitaires et hommes politiques comme Augustin Kontchou du Cameroun, spécialiste éminent de la communication de masse, qui s'évertuait a nier jusqu'au bout les tueries perpétrées sur les étudiants a Ngo-Ekelle a Yaoundé lors des années de braises au Cameroun. On se souvient aussi, dans les années 94-98, des professeurs et intellectuels ivoiriens réunis dans le cadre de la revue ETHICS, et qui avaient élevés l'ivoirite au rang de philosophie politique, morale et culturelle positiviste, niant ouvertement ses limites et ses dangers. Il y a aussi plus près de nous, Calixthe Beyala et Gaston Kelman, qui sous le prétexte de combattre les ingérences occidentales dans les affaires africaines, soutenaient ouvertement Laurent Gbagbo dans son hold-up électoral, et Mouammar Kadhafi qui ouvrait le feu sur son peuple. On pourra encore difficilement oublier les louvoiements de Jean Ping et de sa commission de l'UA, refusant de prendre une quelconque action contre les présidents Laurent Gbagbo et Kadhafi...

Les élites africaines sont passées à coté de bien de choses. Elles n'ont pas vu venir par exemple les vents de démocratisation du début des années 90. Elles les ont minimisées, et souvent combattues. Les hommes politiques, les hauts fonctionnaires et les analystes économiques africains n'ont pas senti venir les dévaluations dans les zones CFA. Des intellectuels et des artistes ont soutenu aveuglement Mobutu avant sa chute, et même pendant sa chute. Des journalistes ont vu venir les massacres génocidaires du Rwanda et le génocide congolais, sans réagir. Les promoteurs de la radio des milles collines les ont même encouragés. Les commerçants, les hommes d’affaires et les industriels africains ont financé des régimes sanguinaires, sous le couvert de leur protection, mais en réalité dans l’objectif inavoué de favoriser leurs propres affaires.

L'engagement des élites africaines est finalement dangereuse, et certains disent même qu'il vaut mieux qu'elles ne s'engagent pas. Pourtant, l’avenir est toujours rêvé par des artistes, des philosophes, des écrivains, des hommes et des femmes de sciences, des commerçants, des journalistes, des hommes et es femmes politiques. D’ou vient il donc qu’en Afrique, ces personnes ne rêvent presque jamais notre avenir, mais s’évertuent plutôt souvent a annihiler nos espérances, les tournant toute de suite en illusions ? Comme beaucoup de personnes, j’aimerai comprendre.

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