Pourquoi en Afrique, nous semblons si peu doués pour conserver les choses en bon état?

Publié le par Amine Idriss Adoum

 

Dans une discussion précédente, j’essayais de trouver une explication au fait que les entreprises africaines ont du mal a bien accueillir leurs clients. Le texte, plutôt court, que j’ai posté sur le blog a provoqué plusieurs réactions. Quelques personnes ont essayé de donner une  ou plusieurs explications au phénomène du  “mauvais accueil”. Le plus frappant en revanche, et aussi sans doute le plus intéressant, ce sont les personnes qui ont essayé de proposer des solutions et d’aller au combat contre “ces comportements anti-productifs” ou encore “destructeurs de valeurs”. J'espère pouvoir faire une synthèse des réactions et la poster sur notre blog. 


Mon petit post d’aujourd’hui tentera de répondre a la question suivante : pourquoi en Afrique, nous semblons si peu doués pour conserver les choses en bon état et a les entretenir?

 

Quelques constats simples pour commencer

 

La  cathédrale de Yamoussoukro n’a pas encore trente ans. Pourtant, les herbes folles ont déjà envahit les esplanades et l’odeur de renfermé rode un peu partout dans les enceintes des bâtiments non religieux. Quand on se rappelle les milliards mis par Houphouet-Bogny dans ce joyeux architectural, ceci est tout simplement inacceptable. 


La plupart des immeubles ministériels de Yaounde ou d’Abidjan sont âgés de moins de quarante ans. Pourtant, ils ont tous l’air désaffectés. Quand on se rappelle le lustre qui habitait ces endroits au moment de leurs livraisons et leurs mises en service, ceci est tout simplement décevant.


Il y a plusieurs milliers kilomètres de routes en Afrique. Le continent bat tous les records de vitesses quand il s’agit de mettre les routes hors d'états de fonctionner. Aucune route n’est viable a 100% en Afrique dix ans après sa mise en route. Quand on connait ce qu’une route coute de milliards de CFA au budget de l’Etat, ceci est tout simplement inadmissible.

 

Et il n’y a pas que les cathédrales, les immeubles ou les routes qui vieillissent plus vite que la normale, faute d’entretien. Pratiquement tout vieillit plus vite, trop vite. Les maisons, les pistes, les usines, les enfants, les femmes, les hommes.

 

Ce qui est frappant, ce que les choses vieillissent trop vite faute d’entretien, et quand la vitesse de vieillissement nous parait insatisfaisante, nous essayons de la booster. 

 

En fait, nous n’aimons pas entretenir, garder les choses en vie. Un ami m’a lâché une fois cette phrase terrible en plein milieu d’une conversation sur les assurances : les Africains n’ont aucune notion du patrimoine!

 

J’étais choqué d’abord. Mais a l’analyse, il avait raison. Nous vivons sur le mode présent. Nous gaspillons ce que nous produisons, et souvent, nous allons jusqu'à dilapider le capital. 

 

J’ai essayé de trouver des explications. En voici trois.

 

Notre méfiance a entretenir des choses, a les garder en vie, viendrait de nos modes de vies ancestraux, qui étaient essentiellement nomades (que ce soit en foret ou dans le désert). L’un des rares endroits en Afrique ou on essaye de conserver les choses en vie reste encore la savane et le Sahel, lieux par excellence de sédentarisation. Mais cet argument, bien que séduisant, ne peux tout expliquer. 

 

Notre méfiance a entretenir des choses, a les garder en vie, viendrait de notre histoire récente (colonisation, esclavage, viol culturel et intellectuel), dominée par la violence, et le nomadisme forcé. L'explication par le traumatisme historique est séduisante. Et bien qu’elle soit aussi limitée dans certains cas, je la retiens volontiers.

 

Enfin, notre méfiance viendrait surtout du fait que les objets que l’on nous demande de conserver ne nous appartiennent pas vraiment. Nos villes et nos immeubles en effet ne nous ressemblent pas du tout. De même, nos rues et nos cathédrales nous paraissent totalement artificiels. Pourquoi voulez vous que l’on se dépense a garder en vie ce qui nous parait artificiel? Cet argument, bien que difficile a construire, me parait certainement plus pertinent que les deux premiers.

 

On entretient ce qui nous appartient et nous tient a coeur. Ce qui ne nous appartient pas, et qui nous parait artificiel, on l’utilise, on peut même en abuser. Et on peut aussi l’aider a mourir, histoire de faire de place aux choses réelles. Regardez les mosquées de Tombouctou, les vieux murs d’Ibadan, les vieux pagnes des familles royales Ashanti. Ecoutez les généalogies jalousement gardées par les griots, les mythes et les rites du Poro et du N’do. Les réponses a la question se trouve dans doute dans ces mythes et ces vieux murs. 

 

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Publié dans Afrique

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I
Amine,<br /> J'aime bien tes explications, mais quand tu dis que les choses qu'on nous demande d'entretenir ne nous appartiennent pas ca m'inquiete un peu. Un ministere ou le pays se construit ne lui appartient<br /> pas? Que diras-tu du proprietaire d'immeuble dont c'est le gagne-pain et qui laisse son immeuble en piteux etat? J'ai pas de reponse a ta question, mais je pense que tes reponses ne sont pas allees<br /> chercher assez loin. Pause la question autour de toi (a tes amis qui ont des maisons, voitures et autres mal entretenues), et reposte les reponses
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