L'Afrique des heros?
Spike Lee drclarait dans un documentaire sur Mohammed Ali que l'un des principaux drames de la jeunesse Afro-Américaine d'aujourd'hui, c'est qu'ils n'ont jamais ou presque, entendu parler JFK, de Martin Luther King, de Malcolm X ou encore de Rosa Parks. On pourra dire la même chose en parlant des jeunes camerounais, ivoiriens, tchadiens ou angolais d'aujourd'hui. Ils n'ont jamais entendu parler d' Amilcar Cabral, de Patrice Lumumba ou encore de Steve Biko. Mais il existe tout de même une grosse différence entre les USA et les Afriques. Si aux Etats-Unis, JFK ou encore Luther King sont des héros nationaux, ni Lumumba, ni Cabral ne sont présentés comme des icônes dans nos pays. Le Cameroun d'Ahidjo, puis celui de Biya, a dépensé une quantité folle d'argent et d'intelligence pour effacer le souvenir d'Um Nyobe. Quand il est devenu président, Bedié a essayé désespérément de faire oublier Houphouet-Boigny. Il aurait même ainsi tenté de faire supplanter Yamoussoukro par Daoukro, son village d'origine. Les dirigeants africains sont de gros consommateurs de griots et de flatteurs. S'ils sont les héros que leurs griots prétendent, pourquoi devraient ils favoriser l'émergence et le souvenir d'icônes concurrentes? Ahidjo détestait Um Nyobe, tout comme Biya d'ailleurs. Il est donc normal qu'ils en interdisent l'histoire. C'est humain comme réaction! Et si le monde occidental échappe à ce genre de réactions rétrogrades, c'est surtout parce que la création et la promotion des souvenirs nationaux est l'affaire d'institutions autonomes et indépendantes. Dans la plupart de nos pays, c'est malheureusement encore l'affaire du chef de l'Etat. Les souvenirs sont une chose importante pour un pays. Ils construisent les modèles et les héros nationaux, et servent de source d'inspiration pour les jeunes. Si Sekou Toure et Mobutu ont été pendant longtemps les seuls modèles et inspirateurs disponibles pour les jeunes, vous comprenez finalement pourquoi un Laurent Gbagbo ou un Alpha Conde existent aujourd'hui. Finalement la remarque de Spike Lee S'adresse volontiers plus à nous qu'aux USA.