Et si l'Afrique malade était de ses journalistes?
L'Afrique est décidément malade de ses journalistes. Trois semaines a peine après l'arrivée de Allassane Ouattara au pouvoir, les journalistes abidjanais ne savent plus quel superlatif inventer pour designer celui-ci. Des expressions plutôt inhabituelles parlant d'ADO sont désormais utilisées pour designer le tout simplement nouveau président ivoirien. Les "Son Excellence le Docteur Allassane Ouattara" ou encore "Le professeur agrégé d'économie son excellence monsieur Ouattara" viennent ainsi alourdir les pages de nos journaux habituels. Dominique Ouattara quand a elle a perdu son prénom et son nom. Désormais, aucun journal ne désigne Dominique comme comme a l'état - civil. Elle est "La première dame" ou "La Bienfaitrice". Un simple don de dix millions de FCFA en provenance de son association caritative fait désormais la Une des journaux et les rédacteurs rivalisent de qualificatifs pour reproduire "les mots de félicitations', la "reconnaissance" des pauvres, etc. Je dois dire que j'en ai marre de ces journaux, tous ces galeux de la plume et gaspilleurs d'encre qui envahissent les rédactions de nos canards locaux. Tous les journaux africains, ou presque, se valent finalement. a part quelques rares exceptions, comme Walfadjiri au Sénégal, N'Djamena Hebdo au Tchad, le Journal du Jeudi au Burkina, ou encore le Messager au Cameroun, il est rare de trouver un journal correct dans l'espace dit francophone d'Afrique. Les articles de nos journaux, s'ils ne sont pas mal écrits, manquent de pertinence. Et quand ils sont pertinents et bien écrit, les conclusions des rédacteurs sont toujours surprenantes. Au début, je croyais que les changements de régimes devaient être de véritables casse-têtes pour nos journalistes. Mais l'expérience ivoirienne m'a permis de me rendre compte qu'il s'agit en fait d'un sport plutôt bien maîtrisé par nos rédacteurs de pacotilles. Une semaine après le départ de Laurent Gbagbo, FratMat change résolument de ton et fais du FPI le nouveau repaire de bandits. Dieu aussi a changé de camp. Il est désormais pour ADO le jeune comme l’écrivait un journaliste l’autre jour. Les membres du gouvernement Soro eux aussi posent quelques problèmes aux journalistes. En effet, on ne savait pas encore vraiment comment les qualifier. Certains sont appelés « Excellence », d’autres bénéficient du surnom laudateur de « héros de la libération », etc. Exécrables, ces griots malsains des temps actuels…
Les journalistes de ce continent m'énervent. par exemple, quand le monde entier parle de Koffi Annan et Desmond Tutu comme des facilitateurs dans les prochaines réunions de réconciliation en Côte d’Ivoire, les journalistes abidjanais s'obstinent a les designer du terme anglais "elders'. Ce qui ne veut dire dans ce contexte. Mais les journalistes veulent faire chic, et montrer aux nouveaux partons du pays qu’ils sont la. Et je pense que nous devons penser a lancer une grosse pétition contre ces journaleux, plus conteurs et flagorneurs professionnels que professionnels de l'information.