Danser sur le corps de mon ennemi : réponse a Chantal Epee
Je refuse de danser sur une tombe quelque soit l'horreur que peut m'inspirer celui qui est mort. Mais c'est la juste une position intellectuelle. Une posture de logicien. Or, je pense et je danse avec mes tripes et avec mon coeur. Mon corps n'oublie pas les pleurs, pas plus qu'il n'oublie ses douleurs. Mon coeur se remplit de feu au souvenir des cris et des pleurs de mes amis. Mon âme, bien qu'on dit d'elle qu'elle est sainte et saine, se souvient de la soif et de la sécheresse de ma gorge nées des torrents de larmes que mon corps rejetait, ce jour funeste et laid. A la vue de mon ennemi enfin a terre, la tête fracassée et le corps en dérive, cadavre grotesque fait de viandes et d'os diner pour les asticots, a ce moment, a ce moment-la, mon esprit redevient nature, et quand bien même la lente et patiente éducation que la culture a finit par imprimer en moi se rappelle a mon corps, ma viande se déchaîne. Danser sur un corps froid et bientôt jus de pus et d'asticots dans une enveloppe de cuir boursouflée de coups de dards d'ascarides et de fourmis tombales, ce n'est plus une régression. Ou plutôt, c'est une régression en nature. Car la nature a toujours le dessus. La vue de mon ennemi, la bouche ouverte, ce qui reste de dents désespérément accrochées a ses gencives brûlées, les touffes de cheveux cendrées tranquillement fumant leurs dernières étincelles avant l'oubli, la vue de mon ennemi les jambes en lambeaux et la chemise noircie sur une poitrine piteusement déchirée, c'est comme des braises sous mes pieds. Des braises douces. Ils avancent mes pas, ils plient et ses rebiffent, se relèvent, mes articulations retrouvent leurs premières jeunesses. Je revis. J'éclate de rire car enfin me voici libéré. Dix ans de chasses. Dix années de froids et de honte bue. Dix années durant lesquelles le village entier rigolait a mon passage. Danser sur le corps de mon ennemi enfin vaincu, c'est la bière qui délivre du réel, c'est le rêve qui enivre et vous emporte loin de ce temps lent, c'est la poésie de la renaissance. Danser sur le corps de mon ennemi, la survie est a ce prix. Et que m'importe ce que diront mes voisins puisque je survis. Manger mon ennemi, c'est LA condition de survie. Je vous laisse mon logiciel. Il ne me sert a rien. Je refuse d'être un simple modem, une machine de logicien. Car je suis un homme de nature avant tout.