Un nouveau vent d'Est en Afrique?
Les événements en cours en Afrique en ce moment rappellent les vents d'Est du début des années 1990. Entre le mois de janvier de cette année et la fin 1992, l'Afrique noire fut sérieusement secouée de tempêtes violentes qui finirent par emporter dans leurs tourbillons quelques unes des dictatures les plus coriaces du continent. Moussa Traore fut ainsi l'un des tous premiers a se faire dégager par la rue, presque en même temps que le caméléon béninois Mathieu Kerekou. D'autres, comme Hissein Habré furent mis hors jeu par des rebellions armées. D'autres encore, ayant compris toute de suite que la nouvelle direction du vent ne changera pas de sitôt, baissèrent la tête et se cramponnèrent tout en essayant la flexibilité comme mode de gouvernement. Un dernier groupe enfin décida de continuer a faire comme si de rien n'était, et ne changea presque rien à ses habitudes, du moins au début. Les vents d'Est furent une période extraordinaire de notre histoire récente. Le monde bougeait, l'URSS se brisait en mille morceaux, l'Europe de l'Est s'ouvrait et le proche-orient lui-même semblait enfin avoir mis le pied sur le tapis bleu de la paix. L'Afrique bouillonnait, les marmites de colères étaient pleines. Les rêves, longtemps prisonniers, allaient enfin pouvoir s'envoler. Le symbole des cloisons, l'immense mur séparant Berlin divisé, était lui-même tombé. Et un autre symbole, celui de la résistance humaine face à l'oppression et aux souffrances des régimes totalitaires, retrouvait liberté de parole et d'action après 27 années d'isolement sur l'Ile de Robben. Si la plus féroce des dictatures africaines avait été vaincue par le désir de liberté et la revendication de dignité de tout un peuple aux mains quasi nues, ce ne sont pas les petits autoritarismes tropicaux qui empêcheront le vent de l'histoire de balayer les sols brulés de l'intérieur de l'Afrique, disait-on. L'espoir était permis, et pour une fois, il ne se comportait plus en lourdaud. Mais les rêves s'essoufflent vite, surtout s'ils ne peuvent pas voler. Aux chocs créés par les tempêtes succédèrent les pluies acides des crises économiques, des dévaluations monétaires et des programmes d'ajustement structurels. A l'explosion des cours du pétrole provoquée par la première Guerre Americano-Irakienne du Golfe succéda le désastre humanitaire des guerres balkaniques des années 90. En Afrique, le Rwanda s'enflammait, brulant des centaines de milliers de vies, buchettes d'allumettes qui allaient bientôt incendier la forêt congolaise et ouvrir ainsi les portes de l'autre monde à 3 millions de vies supplémentaires qui n'avaient jamais souhaités ce voyage brutal et cruel. Ce fut la le second génocide de l'Afrique en moins de 5 ans. Le monde saignait. L'histoire, qu'on croyait en marche, semblait marquer le pas. L'Algérie plongeait dans la plus affreuse crise politique et securitaire de son histoire, tandis qu'un peu partout en Afrique noire, ceux qui s'étaient cramponnés au sil de leur palais les premiers jours des vents d'Est pouvaient enfin respirer : le monde entier était occupé a essayer d'empêcher la crise économique asiatique de 1998 d'emporter les murs de Wall Street et les tours de la City. Tout doucement, et sans bruits, les Eyadema, Bongo, Conte, Biya, Abatcha et Dos Santos finissaient leurs reprises en mains. Le lendemain de ce qu'on avait appelé le bug de l'an 2000, il ne subsistait presque plus aucune graine des pollens déposées par les vents d'Est. Étaient - ils trop faibles face aux grosses chaleurs tropicales? Brulées les unes après les autres, toutes les promesses faites sous la pression de la rue à leurs peuples, sauf peut -être au Mali, au Bénin, au Ghana et en Tanzanie. Certains vieux routiers, comme Sassou, chassés du pouvoir par les urnes, se permirent même l'insolence de revenir par les armes. Sans même émouvoir personne. Vingt ans après, on a bien l'impression qu'un autre vent s'est mis a souffler sur l'Afrique. Comme les Sud-africains au Cap de Bonne Espérance en 1990 et 1991 avec la libération de Mandela, les tunisiens laissent voler haut leurs espoirs de liberté depuis le Cap Bon. Et comme en entre 1991 et 1993, les élections s'enchaînent en Afrique au Sud du Sahara. Allassane Ouattara revient aux affaires environ 20 ans après, et comme il y avait déjà 20 ans avec l'ONU, l'Union Africaine se désavoue elle-même en imitant la danse du rat-psalmiste. Toutefois, aux silences assourdissant des nations unies lors des génocides rwandais et congolais semblent avoir succédé cette fois ci les explosions et les fracas des obus pour faire la paix. La Tunisie, l'Egypte, la Libye de Kadhaffi et la Côte d'Ivoire de Laurent Gbagbo sont les premiers cobayes et Ben Ali, Hosni Moubarak et Laurent Gbagbo finalement les premières victimes des nouveaux vents. Les bazooka et les canons onusiens sont des moyens désormais conventionnels pour créer et imposer la paix. Le Burkina Faso s'engage à son tour dans le tourbillon et les prochaines semaines verront les tempêtes se multiplier à la faveur des élections générales un peu partout en Afrique. Les vieux routiers, encore vivant, se préparent a accuser le coup et Biya et Sassou, Dos Santos et Obiang ont déjà les plans B en marche. Les peuples finiront ils par avoir raison d'eux cette fois, au moins?
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