Tchad: avril 2011, des élections sans enjeux

Publié le par Amibiaka

Un ami me faisait malicieusement remarquer mon silence quant au déroulement des élections actuellement en cours au Tchad, alors qu'il lui semblait me voir déchainé quand il s'agit de parler de la Côte d'Ivoire. Il a en partie raison. En effet, j'ai jugé que les élections au Tchad n'avaient pas beaucoup d'intérêt. Ce sont, me semble-t-il, des élections sans gros enjeux, ni pour le Tchad, ni pour la région CEMAC. Globalement, Idriss Deby devrait s'en tirer avec de solides résultats. Le président Tchadien semble en effet devenu particulièrement populaire ces deux dernières années, pour des raisons qui tiennent a ce qui me semble être une métamorphose réussie. Mais il est possible aussi qu’il soit populaire par défaut, disent les mauvaises langues. Idriss Deby Itno n’a en effet presque plus de rival sérieux sur le terrain politique Tchadien.

En 2008, suite à la bataille de N’Djamena, qui bien failli l’emporter, Idriss Deby Itno a enfin accepté d’ouvrir les yeux. Les N’Djamenois, qui avaient accueillis les rebelles avec des youyou et des cris de joie, lui avaient clairement montré qu’ils ne voulaient plus de lui. Son impopularité a d’ailleurs dépassé toutes les limites avec le millier de cadavres laissés sur la chaussée par ses militaires et par les rebelles lors de ces journées de braises. La disparition non élucidée de l’opposant Ibn Oumar Mahamat Saleh avait aussi fait monter d’un cran la tension, fournissant  encore aux populations un argument supplémentaire pour souhaiter le voir se faire déguerpir rapidement. Mais Idriss Deby Itno, qui doit bien avoir sept vies, n’avait pas encore dit son dernier mot. Au sortir de la guerre avec ses rebelles, et malgré une situation économique rendue plus difficile par la crise financière et économique de 2008, Deby Itno décida de lancer le pays sur un ambitieux programme d’infrastructures économiques et sociales. La politique de grands travaux, initiée avec beaucoup de mal, et malgré les réticences tout à fait compréhensibles de ses conseillers et ministres en charge des finances et de l’économie, finira par impressionner les tchadiens. Surtout, qui dit grands travaux dit créations d’emplois et réduction du chômage. L’emploi des jeunes, désormais devenue réalité, contribua massivement a booster la consommation locale. Les  investissements dans les infrastructures routières et les immeubles publics ont fourni des centaines de contrats aux entreprises. La croissance revient finalement en 2009, et en 2010, elle atteint même les 8%, sans augmentation de la production pétrolière. L’inflation semble maitrisée et l’augmentation des salaires des fonctionnaires ne semble pas avoir généré comme de coutume des ajustements automatiques de prix chez les commerçants. Les grands projets, même initiés dans le désordre le plus total, ont fini par donner de lui l’image d’in homme qui a changé, et qui veut désormais construire son pays au lieu de construire ses propres châteaux. Pourtant, les problèmes du Tchad ne sont pas seulement des problèmes d’infrastructures. L’impunité y est toujours un fléau majeur, de même que la corruption. L’administration est toujours déficiente dans la plupart des secteurs, et les institutions de la république toujours malades. Ni la gendarmerie et la police, ni la justice ne sont encore capables de jouer leurs rôles régaliens. Les écoles et les universités fonctionnent désormais sans grèves, mais les investissements faits dans ce secteur concernent uniquement les infrastructures et ne touchent pas le problème de fond, qui est celui de la qualité des enseignants. La santé est toujours mal lotie dans ce pays de 11 millions d’habitants, ou il y a de plus en plus d’hôpitaux bien équipés, mais sans médecins. Mieux, beaucoup de ces hôpitaux sont construits dans la brousse profonde, et en cas de pannes d’équipement et de matériel médical, ceux ci sont purement et simplement laissés a l’abandon. Mais pour les tchadiens, tout ceci est normal quand on démarre la modernisation d’un pays. Le résultat n’est pas le plus important pour eux pour l’instant. C’est surtout la volonté affichée et les gestes forts qui comptent. Le peuple, comme toujours, a besoin d’être rassuré plus que tout.

Face à Idriss Deby Itno, trois opposants “historiques”: Saleh Kebzabo, Kamougue Abdelkader et Yorongar Ngarlejy. Trois hommes qui le connaissent bien, et contre qui il a déjà croisé le fer de la politique civile a maintes reprises. Mais ni Kebzabzo, ni Kamougue, ni Yorongar ne sont finalement allés jusqu’au bout. Les trois leaders de l’opposition dite démocratique et civile par opposition aux rebellions armées, ont préféré appelé au boycott, dénonçant des irrégularités observées lors de la préparation du scrutin et remettant en cause les élections législatives qui viennent de se termine. Pour Idriss Deby Itno, cet appel n’est rien d’autre que la peur de leur inévitable échec. A N’Djamena, les commentaires vont bon train et certains dénoncent les dénonciations à géométrie variable des  trois leaders. En dénonçant les résultats des législatives comme étant frauduleuses et illégales, ils n’ont pas pour autant rejeté leurs propres désignations au sein du parlement. Sur le fond, Idriss Deby a sans doute raison. Mais sur la forme et dans l’intérêt de la démocratie, ceci est plutôt fâcheux, car si IDI est assuré de remporter ces élections sans trop de problèmes, l’absence ou plutôt le refus des trois opposants de prendre part à la course ne manquera pas de donner des allures de one-man-show à la champagne, qui du reste a bien déjà commencé. Mais cette campagne ne passionne guère les tchadiens. Ceux ci vont certainement aller voter, plus par devoir que par conviction. Ils ne veulent surtout plus entendre parler de guerres et de rebelles.

Pour ma part, je crois que le refus des leaders de l’opposition de prendre part à la course pour la présidentielle aurait pu avoir plus d’effets si eux mêmes n’avaient pas commis quelques erreurs stratégiques. A la suite de la bataille de N’Djamena, Kamougue avait accepté de faire partie d’un gouvernement d’union national dit de large ouverture. Kebzabo, député et politicien ayant bâti sa carrière sur le crédit de son ancien journal, avait aussi pris part aux affaires ces deux dernières années. Yorongar était le seul à être resté en dehors du cercle. Mais son histoire suite aux arrestations survenues lors de la bataille de N’Djamena a paru plutôt suspecte aux yeux de ses compatriotes. La seconde erreur est d’ordre tactique. Plutôt que de faire champagne pour le boycott, mais un boycott actif, les opposants ont préféré s’envoler pour Paris ou ils sont allés organiser des conférences à l’attention des diasporas tchadiennes, en association avec les mouvements rebelles et armés, qui se présentent eux mêmes par le doux euphémisme de politico-militaires.
Or celles ci n’ont pas forcement beaucoup de crédit chez les compatriotes au pays. Des manifestations contre Idriss Deby à Paris paraissent d’ailleurs un peu anachroniques aux N’Djamenois qui ne comprennent pas beaucoup, d’autant plus qu’ils ont l’habitude de voir les leaders résidents en France effectuer souvent des missions dans les différents gouvernements de Deby. Le problème est en réalité plus aiguë quand on sait que tous les leaders de l’opposition actuelle, ont été, à un moment ou un autre, des membres et des acteurs à plein temps des différents gouvernements de Idriss Deby, avant de repartir dans l’opposition civile, ou armée, en fonction de la manière dont ils ont été demi de leurs fonctions et responsabilités publiques. Bref, il y a peu de risques que les oppositions actuellement en place soient en mesure de détrôner Idriss Deby Itno.

Finalement, et pour conclure, je ne me suis pas beaucoup intéressé aux échéances en cours dans mon propre pays parce que ces échéances ne sont pas stratégiques. Elles ne portent pas de grands enjeux et les résultats ne changeront pas le rapport de force actuellement en place au Tchad, et aussi plus globalement dans la région CEMAC. Les élections camerounaises, en revanche, promettent d’être épiques, à voir les gesticulations et le désordre déjà en marche. Plus encore, les élections camerounaises doivent être observées avec attention car de la défaite ou de la réélection de Biya dépendra le sort des équilibres économiques et diplomatiques en place en ce moment dans la CEMAC.

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Publié dans Politique

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