Le boycott, ou la peur des fracas de l’échec ?

Publié le par Amibiaka

Avec un peu de retard sans doute, je reviens rapidement sur la décision des candidats Kebzabo, Kamoughue et Yorongar de boycotter les élections présidentielles du 25 Avril 2011.

Les 3 candidats sont parmi les plus grosses pointures de la politique au Tchad. Kamougue est un vieux routier et il a connu, fréquenté et plus ou moins vécu des liaisons très intimes avec toutes les administrations tchadiennes. Ancien officier, il a toujours eu avec la politique des  rapports de militaire africain : il sert parfois les intérêts des puissants en place, et quand il peut, il se sert ses propres intérêts. Ces relations brutales avec ceux qui ne sont pas militaires l’ont toujours rendu suspect aux yeux de ses compatriotes pour qui il restera l’homme du coup d’état contre Tombalbaye. Kamougue n’a aucune chance d’accéder un jour à la magistrature suprême au Tchad, sauf erreur de l’histoire.

Kebzabo est arrivé dans la politique a la faveur de l’accession au pouvoir de l’administration MPS, avec laquelle il a toujours entretenu des relations qui peuvent être classées dans la catégorie dite des relations dangereuses. Kebzabo, ancien journaliste et patron de presse au début des années 90, avait utilisé de manière fort adroite l’énorme capital de crédibilité dont  son journal d’alors, N’Djamena-Hebdo, jouissait auprès des jeunes et des populations lettrées du pays. Mais après les élections de 1996 qui ont vu le parti de Kebzabo se comporter en véritable challenger face au MPS, les tchadiens ont vu avec stupeur le parti de la calebasse se transformer en pirogue solidement amarrée au parti du président Deby. Kebazo, qui pensait sans doute gagner gros en participant directement a la gestion d’un pouvoir qu’il n’avait pas gagné, perdit toute crédibilité, et le RNDP faillit bel et bien couler avec militants et biens. La dernière élection présidentielle a  complètement fait passer dans la trappe de l’oubli temporaire Kebzabo et son parti. Celui – ci prit un véritable coup de vieux et les jeunes sympathisants qui avaient rejoint le journaliste au début des années 90 (jeunes militants  et sympathisants dont  je faisais parti) ayant finalement perdu leurs dernières illusions, finirent par donner un coup de pied a cette calebasse qui n’a jamais porté autre chose que la fortune de son promoteur.  Les élections de cette année semblaient pourtant dessiner un nouveau lever de soleil pour Kebzabo.


La peur de l’échec ?

Pour beaucoup d’observateurs, Yorongar est sans doute l’opposant tchadien le plus consistant. Il est vrai que le parti de Yorongar, qui  fait la promotion du fédéralisme comme le modèle de gouvernement le plus adapté au Tchad a fait couler beaucoup de salive. Toute la polémique autour du fédéralisme au Tchad découle d’une mauvaise compréhension du concept lui même. Pourtant, le parti de Yorongar n’a jamais véritablement défini le fédéralisme. Yorongar lui même, tribun hors pair devant l’éternel, n’a jamais donné un contenu sérieux a ses propositions. Mais lui et son parti affirment que la solution des problèmes du Tchad passe par un modèle fédéraliste. Le mot choque beaucoup de tchadiens, principalement ceux du nord car ils ont l’impression que Yorongar, en faisant la promotion de ce modèle de gestion, sous-entend que le nord est une région improductive et vivant en parasite sur le sud. L’histoire récente du Tchad, et les souvenirs affreux des opérations de “pacification” de Hissein Habre dans les années 80 au Sud ont rendu les populations des zones méridionales très attentives aux discours de Yorongar. Depuis environ 5 ans, avec le regain des rebellions dans le nord du pays, et les effets visibles (même si certains n’aiment pas le dire) des projets pétroliers au sud, les discours de Yorongar semblent avoir perdu beaucoup de leur attrait.

 Les 3 candidats du boycott ont finalement chacun une bonne raison de croire qu’il ne pourra pas gagner ses élections. Le boycott est tout simplement une fuite. Autrement, ils auraient d’abord du renoncer aux mandats de députés qu’ils viennent de remporter.


En réalité, je suis contre les boycotts électoraux en Afrique. Si dans les années 90, on avait pu croire que le boycott enlèverait leur légitimité a des  élections mal organisées et créerait des mouvements populaires de contestation, les faits, 15 ans après, montrent que cela n’a jamais servi a quelque chose, du moins pour l’opposition. En revanche, les boycott ont toujours rendu la tache plus facile a ceux qui détenaient le pouvoir. Encourager  au boycott des populations qui s’exercent au maniement du droit de vote et de la démocratie est une erreur politique. Les élections, qu’elles soient truquées ou pas, éduquent les peuples. Il est vrai que les conditions d’organisation des élections générales sont plutôt calamiteuses au Tchad. Mais il est important que les acteurs politiques encouragent les populations a continuer par exercer leurs droit de vote. On  ne peut pas indéfiniment voler les élections d’un peuple. Et la meilleure façon de rendre une population consciente de ce qu’elle perd si elle se laisse toujours voler, c’est justement l’encourager a faire l’effort de voter. Mais peut être que finalement c’est Idriss Deby Itno qui a raison quand il affirme que c’est la peur des fracas de l’échec qui explique ce retrait des 3 “mousquetaires”?

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Publié dans Politique

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