La Côte d'Ivoire echappera-elle aux tropicalités?
Maintenant que nous sommes revenus à une situation proche de la normale en Côte d’Ivoire, les entreprises doivent relever plusieurs défis qui paraissent inhabituels dans un pays ou les élites sont passées depuis longtemps maîtres dans la politique de l’autruche. Rassurer les employés, motive les troupes et surtout reconstruire la cohésion sociale au sein de l’entreprise, ce sont probablement les seuls moyens pour regagner un peu de profitabilité et de croissance, afin de rassurer les investisseurs pour 2012 et suivant. Pourtant, très peu de chef d’entreprises semblent d’accord sur l’urgence qu’il y a reconstruire la cohésion comme pratiquement la seule condition de succès.
La Côte d’Ivoire est un pays tropical d’Afrique. Les tropicalités y font donc des ravages. Houphouët-Boigny semblait pourtant avoir trouvé LA solution a la plus grave et la plus insidieuse des tropicalités : le tribalisme. FHB avait décliné sa solution en trois phases : stabilité politique puis boom économique et plein-emploi, politique d’immigration voulue, revendiquée et utilisée comme moteur de diversité religieuse et d’intégration ethnique, et enfin, l’éducation. FHB réussit donc le tour de force de donner des ivoiriens une image totalement a-tropicale, compare aux ressortissants des pays voisins et lointains d’Afrique. Ceux-ci vivaient en effet en plein dans les tropicalités, et les coup d’états, mode préféré de gestion de l’alternance, étaient guidés principalement par des revendications identitaires et tribales. Le pays de FHB ressemblait à un pays cohérent. Abidjan était le centre de l’Afrique francophone et les artistes qui réussissaient a Abidjan réussissaient dans toute l’Afrique francophone. Le succès de FHB devait beaucoup a sa politique économique d’ouverture, une ouverture elle même encourage par une grande stabilité politique, et un modèle de société qui semblait avoir résolument adopté la manière de penser, concevoir et consommer occidental.
FHB est mort il y a presque 20 ans. Son succès ne lui a pas survécut. Il y a plusieurs raisons et les historiens nous enseigneront certainement beaucoup de choses sur ce qui a marché et surtout sur tout ce qui n’a pas marché. Pour ma part, je retiens simplement que le pays de FHB était un pays cohérent tant que celui ci avait encore la force de diriger. Mais des le moment ou il prit la pente descendante du grand âge, il n’y eut plus d’efforts de renouvellement de sa démarche économique, qui vieillissait en même temps que lui. Son système s’essoufflait. Si au moment ou FHB disparaissait, la Côte d’Ivoire était encore le leader économique de l’Afrique francophone de l’Ouest, les populations commençaient déjà a subir les contrecoups des politiques d’ajustement structurels, et surtout, les surcouts de la dévaluation du FCFA. La crise économique s’installe durablement en Côte d’Ivoire. Le plein – emploi n’est plus qu’un vieux rêve. En période de rareté, le protectionnisme économique refait surface, et le populisme politique désigne très vite les ennemis de qui on doit se protéger. En général, il s’agit toujours de ceux et de celles que l’on désigne comme allogènes. L’étranger est mis a l’index. Et tous ceux qui semblent lui ressembler. La cohésion, la fraternité et la solidarité de temps de paix sont finalement de simples hypocrisies.
Presque 20 ans de déchirure sociale et tribal ont fini par ruiner totalement l’oeuvre de FHB. La Côte d’Ivoire est bien une république tropicale. Mais il est encore possible de quitter les bois ténébreux et emprunter les chemins de la lumière. Pour cela, reconstruire le tissu social, ramener la cohésion tribale et régionale sont des conditions obligatoires.