L'opposition tchadienne aurait-elle plus peur des urnes que des armes?
Les élections présidentielles de 2011 au Tchad sont très surprenantes. La surprise ne vient pas de ces élections elles mêmes. C’est plutôt le silence complet des medias régionaux et internationaux sur ce dossier qui me surprend. J’avais titré il y a deux semaines de cela que nos élections de 2011 ne présentaient pas d’enjeux importants. Mais je n’avais vraiment mesuré l’ampleur de l’indifférence générale dans laquelle ces échéances allaient se dérouler. Une recherche poussée avec le moteur Google sur le sujet Élections au Tchad en 2011 renvoie 9 résultats précis, a partir d’articles et revues datés entre Janvier et Avril 2011! Le site en ligne JeuneAfrique.com publie un court article sur le sujet, tandis que SlateAfrique.fr analyse le parcours du président IDI. Quelques sites et forums tchadiens tentent tant bien que mal de placer des articles ou des notes, qui ne sont en général suivis d’aucun commentaires ni réactions de la part des lecteurs.
Les raisons d'une indifférence générale
Quelles sont les raisons de cette indifférence générale? Pourtant, les échéances de 2011 étaient censées suivre et consolider les débats sur les moyens de sortir de la violence politique au Tchad depuis 50 ans. Les élections présidentielles d’Avril 2011 font en effet partie du plan général des accords politiques d’Aout 2007 entre le parti au pouvoir, et l’ensemble de la classe politique civile tchadienne.
Pour lancer le débat (si ce débat intéresse finalement les tchadiens) je dirai pour ma part que cette indifférence générale est la conséquence directe des mauvais choix stratégiques opérés par l’opposition civile et les groups rebelles dit politico-militaires.
Le président IDI avait préparé minutieusement ces échéances, mettant toutes les chances de son coté et du coté de son parti. Il a fortement capitalisé sur l’enthousiasme populaire que provoquent ces derniers mois le lancement de plusieurs grands projets d’aménagement et d’infrastructures. D’autre part, IDI, bien que brouillon et pas très bon en économie, pouvait se targuer de voir le Tchad retrouver la croissance en 2010 (environ 8%), croissance qu’il dit avoir bien redistribué puisqu’il avait fait augmenter les salaires des fonctionnaires vers la fin de 2009. Durant toute l’année 2010, IDI voyageait dans tout le pays, organisant des rencontres et des discussions avec l’ensemble des couches sociales du Tchad. Sur le plan international, 2010 et le début 2011 lui ont fournit plusieurs occasions d’adopter une posture de facilitateur sur des dossiers chauds en Afrique, et d’occuper ainsi les devants des scènes médiatiques africaines.
Aux urnes citoyens! devrait être le mot d'ordre de toute opposition au Tchad
Pendant ce temps, l’opposition légale et rebelle se contentait soit de faire paraitre quelques communiqués de presses sur internet, le plus souvent dénonçant des complots et des tentatives d’assassinats politiques auxquels les tchadiens ont de plus en plus du mal a croire, le plus souvent parce que les preuves présentées paraissent absolument farfelues. Les rebelles tchadiens n’ont absolument aucune intention de participer au jeu démocratique en cours. Ils gardent toujours le secret espoir de voir IDI chassé par les armes. Pourtant, ce chef de guerre désormais homme d’État a prouvé a maintes reprises par le passé que les armes ne le ferait pas bouger du palais des bords du Chari. Seules les urnes pourront le faire partir. Mais pour cela, il faudra certainement plus que l’immobilisme maladif des hommes politiques tchadiens. A cet immobilisme flagrant, il faudra ajouter le manque de projet sérieux et inspirant pour les jeunes. Pourtant l’opposition civile tchadienne ne manque pas de personnalités et de leaders capables de penser un monde plus ambitieux pour leurs compatriotes. Acheckh Ibn Oumar par exemple, tête pensante de beaucoup de groups et d’opposants de tout bords, est un homme avec beaucoup de talents et de rigueur intellectuel. Saleh Kebzabo, présenté comme le principal challenger d’IDI, possède un grand charisme et est encore capable de mobiliser des foules. A l’absence de projets, il faudra ajouter la fâcheuse décision de retrait prise par les trois principaux opposants que sont Kebzabo, Yorongar et Kamougue. Cette décision, motivée, selon les protagonistes, par les mauvaises conditions d’organisation de ces échéances, ont fini par agacer les populations tchadiennes, et en même temps enlever a ces élections tout leur suspens. Il n’est donc pas étonnant a ce moment de constater que la presse international se désintéresse d’un sujet qui ne semble mobiliser personne, pas même les principaux concernés. Pourtant, la véritable raison de ce retrait était de créer un choc au niveau national, et susciter l’intérêt de la communauté internationale pour le Tchad. Pari perdu pour l’opposition, qui semble finalement avoir plus peur des urnes que des armes, ce qui en dit long sur ses véritables intentions.
Les élections d’avril 2011, gagnées véritablement par IDI (même si le niveau de participation reste médiocre) devraient être une leçon pour l’opposition tchadienne. Une opposition sérieuse devrait se remettre dès maintenant au travail, et réfléchir a un projet véritable et mobilisateur. Mais IDI, plus malin que l’ensemble de la classe politique tchadienne réunie, les prendra certainement encore une fois dans ses filets. Il viendra a coup sur leur proposer de participer a un gouvernement d’ouverture, dans le but de calmer les tensions et d’assurer la cohésion nationale. Personne n’osera refuser, même si certains voudront probablement poser des conditions et des préalables. A ce rythme, on reviendra certainement en 2016 épiloguer encore une fois sur les faiblesses des boycotts des élections au Tchad. A moins bien sur, qu’une personnalité nouvelle n’émerge ces trois prochaines années, et renvoie a la retraite Kebzabo, Yorongar et Kamougue, avant de se présenter en vrai challenger, qui n’a pas peur d’affronter IDI dans les urnes.